Les folies du Maréchal


La pagode de Mobutu se dresse un peu à l’écart de la route de Kikwit, dans cette zone grise et verte de la lointaine banlieue qui n’est plus tout à fait Kinshasa et pas encore la campagne. Sa haute tour ronde domine la plaine fluviale. Elle regarde vers les collines d’un côté et, de l’autre, vers le Congo.

On pénètre dans le domaine par un grand portail en bois sculpté, dont les montants aux couleurs délavées pèlent doucement dans le soleil matinal. Devant le bâtiment principal, deux militaires et trois gamins nous regardent arriver d’un œil un peu circonspect mais aimable. « On peut visiter ? ». On peut visiter. L’un des deux gardiens s’appelle Ange (parfois la vie est bien faite). Ils sont jeunes, un peu bavards, plutôt placides. Ils ne sont pas très impressionnants malgré leur arme en bandoulière.

Nos cinq hôtes nous suivent partout dans la pagode. Le bâtiment est très grand, à la mesure de la mégalomanie de feu M.S.S.N.N.W.Z.B*, mais il est aussi complètement vide : ce n’est plus qu’une enveloppe. Il n’y a plus un seul meuble, plus une seule vitre. La lumière crue passant par les ouvertures éclaire des murs grisâtres recouverts de dessins zob-scènes, de slogans et de poèmes approximatifs. Cela résonne comme une église en chantier. A l’étage d’où l’on domine la plaine environnante, les balcons sculptés et les arcades peintes sont tout ce que l’endroit conserve de sa splendeur de l’époque.

On se demande quand la pagode a été construite, sur quel coup de tête, à qui elle appartient aujourd’hui. On se dit qu’il doit y avoir des anecdotes, quelques légendes urbaines, autour de cette lubie-là : il y en avait tant sur le Roi Mobutu… Mais les militaires ne savent pas grand-chose de tout cela. Ils ne savent pas non plus très bien pourquoi ils doivent garder l’endroit. Ils se souviennent seulement qu’il y a quelques mois, Bill Clinton – un chanteur congolais en vogue – est venu avec ses danseuses tourner un clip dans les jardins.

La mémoire s’effrite avec le béton des piliers. De ce bâtiment, témoin amer des folies du Maréchal, il ne reste déjà plus que les murs sales, les tuiles éclatées dans les hautes herbes et, au fond du jardin, un grand bassin vide où subsiste une flaque de la dernière pluie.

C’est un peu triste. Il règne dans l’air comme une odeur de gâchis. Mobutu, lui, ne la respire sûrement pas : il dort à poings fermés, dans un grand tombeau noir et blanc du cimetière chrétien de Rabat. Et même, peut-être, il rêve encore d’être éternel.

*Mobutu Sese Seko Nkuku Ngbendu wa Za Banga. Traduction (source RFI) : « le guerrier tout puissant qui, de par son endurance et inflexible volonté de gagner, va de conquête en conquête en laissant le feu dans son sillage ». C’est le surnom dont s’était affublé Mobutu lorsqu’il zaïrianisa son pays en 1972.**

**Séduit par ce procédé qui ne manqua certainement pas de lui attirer l’admiration de tous en société, j’ai décidé de me rebaptiser « le grand bel éphèbe élégant et bronzé qui est tellement fort que les filles se pâment sous son regard bleu mais ardent quoiqu’un peu torve les lendemains de soirée et dont l’humour acide et désabusé mais très drôle jaillit à la face des lecteurs de son blog, qui est aussi très intéressant ». Je n’ai pas encore décidé en quelle langue.

4 réflexions au sujet de « Les folies du Maréchal »

  1. Si on considère ton nouveau pseudo :
    « le grand bel éphèbe élégant et bronzé qui est tellement fort que les filles se pâment sous son regard bleu mais ardent quoiqu’un peu torve les lendemains de soirée et dont l’humour acide et désabusé mais très drôle jaillit à la face des lecteurs de son blog, qui est aussi très intéressant »

    et qu'on enlève le superflu, il reste : « l'éléphant bronzé follement famille sous son grand bleu des après-soirées et dont l’humus désabusé jaillit à la face des gens intéressants »

    ce qui donne en synthétique :
    « Dumbo family Luc Besson Gillette 4 lames Désherbantex Facebook »

    qui n'est autre que le surnom de :
    « Jean-Paul Rectangle »

    ça ne s'invente pas.

  2. Le sens caché de cet élégant sobriquet auto-attribué apparaît mieux une fois passé à la moulinette de la google-traduction successivement en finnois/coréen/arabe/russe/thaï puis retour au français.

    Voici donc:

    Adonis vous haute résistance de fonte et tannées look moderne faiblesse Mesdames et bleu, mais si quelqu'un est taquin acide, la passion et l'intérêt dans son blog sur les joueurs, mais le flux de refroidissement d'une comédie un peu plus ironique avec un effet de l'obscurité.

    où la formidable synthèse mythologique, associée au peu de mots qui subsistent de la version originale, nous donne : Adonis Bleu Blog Acide, ABBA.

    Les quelques vidéos qui courent sous le manteau finissent de nous en convaincre, you are the dancing queen.

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