Malay 2560

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Sur la scène, un employé de la banque chante des amours romantiques, sans doute déçues. Ses trémolos n’émeuvent guère les trois cent convives rassemblés dans la cour immense : on vient de servir la bouffe. A ma table on fait des chichis, on picore délicatement les noix de cajou avec ses baguettes, on trinque timidement avec de petits sourires constipés. Bonne année, oui merci, à vous aussi. Il fait nuit noire et très chaud. Je colle à ma chemise.

Encore !

Un léger décalage

Extraversion légumière

En Albanie, il y avait la culture du bistrot, les trognes méditerranéennes, le pain et le café, les chèvres, les moutons, les saisons, l’alphabet, les églises, toutes choses qui étaient un peu comme chez nous, peut-être juste décalées, légèrement déformées, familières tout de même. On pouvait y construire en toute tranquillité ses repères, jusqu’à ce qu’un quiproquo, une surprise, un arbre inconnu sur le bord de la route ne viennent nous rappeler que finalement, non, on n’était pas chez nous.

Encore !

Le saut

Décollage

Tu montes dans l’avion et les portes se ferment et les toboggans s’arment et le monde se réduit à quelques hublots, quelques écrans, et tu ne sais pas, non, vraiment pas ce qu’il y aura de l’autre côté. Tu as vu des images, feuilleté un guide peut-être, mais tu n’as pas respiré l’air qu’il y a de l’autre côté. Tu n’en as pas foulé la terre. Tu n’en as pas goûté la bière. Tu n’en connais rien de valable. Et tu quittes les tiens pour ça, pour cette ombre, pour ce rien. Tu as déjà dit au revoir à tout ce que tu connais. Tu es un être en suspension.
Encore !

Durazzo

Sakura

Je vous écris depuis Durrës. On va bientôt lever l’ancre. La voiture est en bas, avec les semi-remorques, dans son grand cocon d’huile de moteur et d’acier. Un équipage philippin, tout à fait incongru ici où les étrangers sont si rares, veille sur sa carcasse bleue.

Bien que le contenu du coffre soit légèrement différent de ce qu’il était à l’aller — quelques objets, beaucoup de souvenirs — j’ai le sentiment, étrange et satisfaisant à la fois, d’une symétrie respectée.

Encore !

Korrik

Sous le soleil pikërisht

Passé le mois de juin, la lumière albanaise n’éclaire plus, elle dissout. Hommes et chiens errants, véhicules, monuments, arbres et bâtiments disparaissent, privés d’ombre : tout s’aplatit sous l’immense éclat blanc. C’est le soleil de Meursault, le soleil assassin qui accable, qui enrage, qui rend tout effort vain, toute morale absurde et toute mémoire obsolète.

Encore !